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Retour sur la balade urbaine à Carnoux

À travers la plus jeune commune des Bouches-du-Rhône, des habitants curieux d’architecture ont appris à regarder la ville blanche avec un œil neuf.

Date
Le
Lieu

Carnoux-en-Provence

Le samedi matin à Carnoux, c’est jour de marché. Ce 21 octobre-là, c'était aussi jour de balade urbaine. Un groupe de curieux, habitants de longue date ou néo-Carnussiens, tous âges confondus – deux mamans sont même venues avec bambins et poussettes – avaient répondu présents en s’inscrivant au préalable auprès de la mairie.

En effet, le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement des Bouches-du-Rhône (CAUE13) organisait à Carnoux une «balade urbaine». «Cette ville est la plus jeune du département, introduisait le représentant du CAUE13. Pour autant, elle ne s’est pas faite en un jour et, en soixante ans, elle n’a eu de cesse de se réinventer. Elle est en train d’arriver à maturité. Avec ses villas et pavillons des années 1960, ses nouveaux équipements, ses espaces publics transformés récemment, nous avions envie de la redécouvrir.»

Pour ce faire, le CAUE13 était accompagné d’un guide : Nicolas Memain. Co-créateur du GR2013, il se définit comme «artiste marcheur», «urbaniste rigolo» ou encore «montreur d’ours en béton». Sa passion pour les modes de construire et d’habiter notre territoire est sans fin, et Carnoux se révèle un terrain de jeu enthousiasmant. Avec lui on a «lu» la ville : les formes urbaines, bien sûr, mais aussi les matériaux qui couvrent les trottoirs, les jardinières des années 1980, les plaques de préfabriqué sur des immeubles collectifs, la variété des lampadaires, le nom des architectes ayant œuvré ici, et les références à leurs travaux ailleurs, à Vitrolles ou Marseille… On a voyagé pas loin et on a remonté un peu le temps. Car, si Carnoux est une ville reliée à l’histoire du monde de par sa naissance (la période de la décolonisation), elle est reliée à celle du département par ses matériaux. Pierre de Cassis, assemblages préfabriqués à Plan-de-Campagne… «Histoire(s) d’une ville» disait l’affiche qui invitait à rejoindre la promenade. «Cette balade nous a appris à regarder, expliquera le maire, Jean-Pierre Giorgi, à l’issue de la marche, trois heures plus tard. Moi-même, j'ai encore découvert des choses !» Du petit et du grand, du moindre détail et du plus monumental.

 

01. Point accueil tourisme

Jean-Pierre Giorgi, maire depuis 2001, est Carnussien depuis de longues années. Il n’a cependant pas manqué, lui non plus, de suivre, avec le groupe, les gesticulations passionnantes de Nicolas Memain. Première étape : le Point accueil tourisme, que certains appellent ici avec malice « le Bunker ». Petit kiosque de béton clair au toit tronqué, il signale autant la présence de l’hôtel-restaurant la Crémaillère, unique bâtiment ancien dans cet environnement, que le nouvel Hôtel de ville inauguré en 2021. Présente pour la balade, l’architecte Céline Teddé (le «T» d’AT architectes, l’agence qui a conçu les deux édifices immaculés) a guidé les visiteurs dans l’accueillant petit édicule et a notamment fait remarquer l’anamorphose dessinée au plafond par un rai de lumière.

OT
Le Point accueil tourisme, une «folie» à l'entrée du centre civique. Nicolas Memain montre l'ancien bâtiment de l'Hôtel de ville.

02. Hôtel de Ville

Puis ce fut au tour de l’Hôtel de ville d’être l’objet de toutes les attentions. Une fois les secrets de son moucharabieh en Bfup (béton et fibre de plastique) dévoilés – dont les motifs géométriques dialoguent avec moult détails présents ici et là dans la ville –, le groupe a arpenté l’édifice, présenté avec enthousiasme par le maire : salle du conseil municipal, espaces de services publics, bureaux sous des plafonds en coque inversée… Dans ce bâtiment qui semble très homogène, il y a pourtant un morceau de l’ancienne mairie et une extension. «On a voulu gommer les différences, que tout paraisse relever d’une seule et même époque», explique Céline Teddé. Et c’est réussi. À chercher où est l’ancien où est l’extension récente, on se casse le nez. Alors on préfère admirer, un peu partout, des vues ménagées sur le parc Tony-Garnier et, au-delà, la vallée, verte comme une ville jardin.

mairie
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mairie
Dedans-dehors : l'Hôtel de ville se dévoile, avec Céline Teddé, architecte, et Jean-Pierre Giorgi, maire de Carnoux.

03. Ancien motel

La ville jardin, justement, on la trouve sur une hauteur de Carnoux, entre la courbe sensuelle de l’ancien motel des années 1960 devenu une copropriété bien tenue, et un élégant ensemble collectif plus récent où chaque appartement jouit d’une terrasse et de sa part d’intime. Brasilia et même le rêve américain s’invitent dans nos commentaires. À travers le «viseur» formé par l’interstice laissé entre les deux bâtiments : un point de vue sur un petit vallon verdoyant. L’œil s’accoutume et l’on distingue ces villas blanches à toit plat caractéristiques de Carnoux, aujourd’hui noyées dans la végétation.

 

 

ancien motel
Un ancien motel est devenu une copropriété bien tenue. À l'arrière, un délaissé permet d'accéder à une vue secrète sur la ville-jardin.

04. Maisons sur catalogue

En 1960, lors de la conception du projet de ville-nouvelle, les pavillons étaient à choisir sur catalogue. Modèles «Lavande», «Rocaille», «Pétanque», etc. En tout, quatorze formes modernes étaient proposées aux candidats à l’accession à la propriété. Aujourd’hui, c’est un peu jouer aux sept familles que de parcourir ces rues et de repérer celles qui ont un pignon en pierre apparente, celles dont le toit est en pente inversée, celles qui n’ont qu’un rez-de-chaussée, les R+1, les débords ajourés, les transformées, les extensions…

maisons catalogue
maisons catalogue
En 1960, à choisir sur catalogue : maison à toit plat ou inversé, R+1 ou rez-de-chaussée. En 2023, certaines s'offrent des extensions.

05. Les «raquettes»

Chemin faisant, cette ville sixties, qui semble toute dévolue aux déplacements en voiture, se révèle finalement marchable. Pause sur les «raquettes», ces espaces caractéristiques des culs de sac des lotissements et qui permettent le demi-tour des véhicules autour d’une platebande hérissée d’essences locales plus ou moins vaillantes après plusieurs mois de sécheresse. Échappatoire : deux de ces raquettes sont reliées par un cheminement piétonnier. Dans la seconde, on apprécie un point de vue sur une succession de maisons cubiques, le choix d’une collection de portails anthracites. Ici, lecture est permise d’une densification bien pensée.

 

raquettes
Motif typique des lotissements : les raquettes permettent le retournement des véhicules. Au centre, les végétaux ont résisté à la sécheresse.

06. Collectifs 13Habitat

De l’individuel au collectif, il n’y a que quelques pas : prendre l’allée des Tamaris, tourner à gauche rue des Rosiers. Arrêt sur la cour arrière des immeubles de 13Habitat. Là, Nicolas Memain ne tarit pas d’éloge sur la qualité constructive de ce préfabriqué. Que c’est beau une plaque en préfabriqué ! D’un seul tenant, celle qu’il caresse sous nos yeux couvre plusieurs mètres de façade avec la réserve pour les fenêtres. On imagine les camions des Travaux du Midi livrant à travers le département des Bouches-du-Rhône ces immenses voiles de béton. Et que dire du décor qui couvre la façade par endroits, un mélange de différents minéraux, dont de la terre cuite concassée. «Ce revêtement a été lavé il n’y a pas longtemps, on peut voir ce béton désactivé (les granulats sont apparents) très blanc comme la mairie, explique Nicolas Memain avant se s’exclamer : pour cinquante ans, il est dans un état impeccable !»

 

13habitat
Préfabriquée à Plan-de-Campagne, la résidence Les Floralies a poussé à Carnoux.

07. Médiathèque

Le temps de rejoindre vite fait le Mail puis l’allée de Cassis, et c’est la médiathèque Albert-Camus qui se dresse sur sa butte. Ni intimidant ni modeste, le volume scintillant de marbre blanc posé à l’ombre des pins est comme installé au bord d'une calanque, le flot automobile à ses pieds. Il borne l’entrée dans le centre civique, ou sa sortie, selon où l’on va et d’où l’on vient. Ce bâtiment multiprimé internationalement est un must de l’architecture carnussienne. Il est l'œuvre d'Ivry Serres et de Stéphane Fernandez. Ce dernier signera aussi deux immeubles près de la mairie et les petits kiosques commerciaux du centre-ville. Lieu de culture propice au calme et à la lecture, la médiathèque déploie ses espaces de consultation dans une intimité remarquable, tournés vers l’intérieur ou le ciel. Le vrombissement de la circulation est tenu à distance. Les murs sont d’une épaisseur remarquable, «deux mètres», mesure à la louche Nicolas Memain. Oui, un bâtiment presque sans fenêtre peut être lumineux et généreux, pour le bonheur des lecteurs. La preuve !

mediatheque
mediatheque
Inaugurée en 2007, cette médiathèque multiprimée internationalement est un must de l'architecture carnussienne.

08. Collectifs du Mail

Pour revenir dans le centre et apprécier le Mail, passons côté coulisses, le long de l’avenue Antoine-de-Saint-Exupéry. Sur sa majeure partie se succèdent les déclinaisons d’un même modèle constructif. Ce sont des barres avec rez-de-chaussée surélevé et trois étages. Certaines se plient en L pour créer des cours. Les pignons apportent une variation. Les couleurs des garde-corps, des tentures, donnent une personnalité propre à chacune. Et on lit les façades : « Petit, petit, grand, grand, grand, compte Nicolas. Petit, grand, petit, grand… » Vues de l’extérieur, les travées racontent l’intérieur : « Un cellier ici, un salon là. Et là il doit y avoir une chambre… » Parmi les promeneurs du jour, certains acquiescent, ils connaissent bien ces immeubles des années 1960 conçus par l’architecte marseillais Henri Faure-Ladreyt (1910-1999). Peut-être même y habitent-ils.

 

mail
Tous pareils et tous différents… les immeubles du Mail jouent au jeu des sept erreurs.

09. Groupe scolaire et Plan de Provence

Plus loin, sur la grille de l’école, un panneau arrête les baladins. Il s’agit du «plan de Provence» consacré à Carnoux et réalisé par des élèves en 2020. Sous la houlette d’une architecte du CAUE13, les enfants avaient arpenté et dessiné Carnoux sous toutes ses coutures : topographie, architecture, espaces publics, motifs urbains… Eux aussi ont appris à regarder, observer leur environnement familier avec un œil neuf. Puis ils ont représenté les différents éléments avec feutres et crayons. Les plans réalisés par chaque élève ont été assemblés, synthétisés, pour n’en faire plus qu’un, désormais affiché ici, aux yeux de tous. Tandis que derrière la grille, un vaste espace dénudé annonce un nouvel établissement scolaire à venir. Carnoux se peaufine.

 

groupe scolaire
L'école du présent regarde l'école du futur. Entre les deux, un plan de la ville réalisé par les écoliers avec le CAUE13.

10. Notre-Dame-d'Afrique

La fin du parcours nous guide jusqu’à l’église Notre-Dame-d’Afrique, notre point de départ. L’emblématique monument avec son campanile hors œuvre orné de cloches venues d’Algérie, ses voûtains perpendiculaires à la nef à plan carré et sa lumière particulière qui frôle un mur couleur ciel racontent plus que tout autre un chemin du retour qui fut sensible pour les pionniers de la vallée, à la fin des années 1950. Les orgues, sur la galerie au-dessus de l’entrée, séduisent les visiteurs. Mais il est l’heure de se quitter. Le temps pour Nicolas Memain de délivrer, depuis le parvis, un solennel et facétieux « Carnussiennes, Carnussiens, c’est avec honneur et émotion que je vous déclare tous diplômés en études supérieures de “carnussologie”.»

Histoire(s) à suivre.

eglise
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Notre-Dame d'Afrique, radieuse comme la cité du Corbusier.

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